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Dernier haïku dans Hydrea:
brouillard au vent cède
les poings se lèvent les têtes
et la terre gronde

 

11 novembre : Pour la veille de cette date, centième anniversaire de la paix de 1918, on annonce un hommage aux maréchaux victorieux (notamment Philippe Pétain). Un bigollo :

on a cru
que cent ans après
le onze novembre pourrait
devenir la célébration des peuples en paix
que le silence des feuilles d’automne effacerait à jamais le bruit des armes
que par les vallons baignés de soleil de la terre généreuse un sillon gras ferait jaillir non le fer mais la gerbe dorée

on pensait
que chaque pays
en ce jour où l’on se souvient
allumant un fanal dirait halte aux barbaries
tendant de capitale en capitale une guirlande aux couleurs de l’amitié

mais voilà
notre président
exalte les vaillant guerriers
ceux qui flanquèrent au boches une pile monstre

maréchaux
vainqueurs glorieux
qui versèrent un flot de sang

au pas marche
ce président bleu

horizon

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9 novembre : Centième anniversaire de la mort de Guillaume Apollinaire.

Macron veut panthéoniser
Un grand écrivain qui naguère
Fut touché par la grande guerre ?
Cent ans après que Calligrammes
Soient orphelins, par ce pangramme
Je suggère un alcoolisé.

Qui fut Guillaume Albert Vladimir Alexandre Apollinaire de Kostrowitzky ? – Je sèche.

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Dernier texte dans le recueil Ouvrir ( 30 octobre ) :

Belle absente carioca

Pour quel jeu vient, grondant, char assoiffé de mort ?
Quel joug de plomb haineux bute ces favelas ?
Chacal va prompt, trinquant au grand sabbat jouissif :
Juge noir pourfendant chaque homme au rêve libre.
Quand juste souffle apportera chambard vengeur,
Hoquetant, jambe au cou, fuira dogue. Après ? Vivre.

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Derniers textes dans le recueil Oripeaux ( 4 novembre ) :

Deux premières participations à l’Oulipien de l’année sur le site « Zazie mode d’emploi »

Fusion noire

L’anecdote finit. Il est banal de traverser. Il faut reconnaître la rue mais respirer. Une astuce soulage : raconter les derniers pas à l’envers, en commençant par les plus angoissants. A la fin, un moment comme à mi-chemin, il a cru un film projeté qui n’arriverait pas. Et pourtant, à rebours, il s’était contredit. Cette banalité, elle était lancée d’un pas dément : « Pourquoi décider ? » en pensant, pas aux mots, au poète les montrant. On ne voit bien qu’à contre-jour. Point de cœur, l’essentiel est la vue de l’invisible. D’un œil nouveau maintenant, de quelque chose se réjouit qui avait perdu ou avait jeté sa canne. Avant tout, traverser, comme ça. Personne ne pourra dire l’effet d’une voiture. Évitons aux surprises d’être, pour ne pas écraser nos yeux aveugles.

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fondu

banale anecdote
comme en un film à rebours
nouveau contre-jour

jeté la canne d’aveugle
l’essentiel est traverser

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Dernier texte dans le recueil Systoles ( 5 novembre ) :

passage

dans le soir
dès que le soleil
passe derrière la montagne
une ombre silencieuse passe l’étroite brèche
invisible sous le lierre et les ronces odorantes du mur de pierre sèche
vers la courette heureuse en débauche de roses trémières et de basilic sous les roucoulades paisibles du pigeonnier

un vieil homme
sur son banc de bois
à l’ombre douce du tilleul
a passé l’après-midi les mains sur les genoux
le regard passant de la fente du mur au sac de jute sur la table en fer

lorsque enfin
devant ses yeux passent
les fripes sales du fuyard
le vieux passe de l’ombre au jour du silence au rire
d’une immobilité froide à l’agitation soudaine du père bras ouverts
sans un mot ses doigts passent longuement sur le front tellement rêche sous l’action du gel des maladies et du combat pour la vie

dans la nuit
calme et parfumée
passe une brise consolante
toute vibrante de la stridence des grillons
sur le havre en suspens d’une cour absente un bref instant de la course du monde

de la main
gourde et maladroite
avec un petit tremblement
vers la paume au lacis d’effrayantes cicatrices
le cadeau passe oh pas grand chose juste quelques bribes du temps des saisons pleines

par les yeux
du fils et du père
sans une phrase sans un rire
passe fugitive une étoile d’un bleu très clair

puis très vite
le rebelle passe
son manteau pour la route abrupte

sur son banc
un homme très seul

le temps passe

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Journal

1er octobre : Charles Aznavour s’est éteint aujourd’hui.

Charles Aznavour
n’usa l’or. Va chez Ra.

26 septembre : On apprend qu’un défenseur des migrants, Loan Torondel, a été condamné à une lourde amende pour diffamation pour avoir dénoncé les confiscations de couvertures aux migrants. Un bigollo :

Silence

il a vu
ces hommes perdus
ces hommes qui sont rejetés
ces hommes que la loi permet de faire souffrir
il a su tout de suite qu’il ne serait pas possible de garder le silence

il a dit
cette vérité
dont la loi défend de parler
juge que ton verdict sème peur et soumission

comme brille
la cuirasse noire
des agents du camp de la haine

qu’ils sont beaux
les champs où l’on sème

le désert

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19 septembre : Une belle personne nous a quittés.

Marceline Loridan-Ivens :
Vol, ne dis ni race ni larme.

 Suivez ce lien pour retrouver les dates plus anciennes dans la page «journal».


L’ambigramme du mot Oulipo est l’œuvre de Basile Morin. Je recommande la visite de son beau site.