Bienvenue sur le site talipo

Dernier haïku dans Hydrea:
brouillard au vent cède
les poings se lèvent les têtes
et la terre gronde

1er octobre : Charles Aznavour s’est éteint aujourd’hui.

Charles Aznavour
n’usa l’or. Va chez Ra.

26 septembre : On apprend qu’un défenseur des migrants, Loan Torondel, a été condamné à une lourde amende pour diffamation pour avoir dénoncé les confiscations de couvertures aux migrants. Un bigollo :

Silence

il a vu
ces hommes perdus
ces hommes qui sont rejetés
ces hommes que la loi permet de faire souffrir
il a su tout de suite qu’il ne serait pas possible de garder le silence

il a dit
cette vérité
dont la loi défend de parler
juge que ton verdict sème peur et soumission

comme brille
la cuirasse noire
des agents du camp de la haine

qu’ils sont beaux
les champs où l’on sème

le désert

Voir la page de ce texte

800px-Ambigramme_Oulipo_(bold_pencil)

Dernier texte dans le recueil Oripeaux ( 2 octobre ) :

Sombre

Sombre, il va ne rien faire
Que chercher pourquoi
– Manière toute de furies –
Cruelles laisses, tu dis, blessent le cou au fer.
En cercles, les tourmenteuses de rire.
Le crâne est comme vrillé tellement joue, là,
Sûr,
Doigt sur la joue tellement vrillé.
Comme est crâne le rire de tourmenteuses !
Les cercles en fer au cou le blessent.
– Dis, tu laisses cruelles furies ?
De toute manière,
Pourquoi chercher que faire ?
Rien ne va.
Il sombre.

Voir la page de ce texte

Dernier texte dans le recueil Chromos ( 15 octobre ) :

Le mystère de Saint Ignace

Le vent d’automne tire de lourds nuages sur la jetée encore déserte à cette heure-ci. Maître Fleurette, de trois quarts devant le chatoiement nerveux de la mer, tire un peu sur le col de son élégant blouson de velours, le menton haut, l’œil bleu. Avec application, Pistil tire son portrait. Pas terrible. Surexposée, quasiment solarisée, l’image tire sur le bleu dans les coins, sur le rouge au milieu. Et bougée, en plus. « Nom de Dieu, d’où m’a-ton tiré un connard pareil ? » Fleurette, le visage cramoisi, comme fou, tire du holster son luger P08 parabellum, souvenir des belles années de jeunesse à chemise noire en ces temps virils de la guerre. Geste réflexe. Rotation du tronc, cliquetis de l’arme. Il tire deux fois : question réglée.

Avec peine malgré sa carrure athlétique, le chauffeur tire, sans un mot, le corps jusqu’au bord de la plate-forme de béton. Un plouf sonore tire de longs échos de la falaise de craie à peine visible derrière l’écran de brume désolée. « Allez, on se tire ! » Claquement de portière, crissement de pneus. Long decrescendo du moteur le long du quai, puis plus rien que le ressac obsessionnel des vagues, le cliquetis des haubans là-bas dans le vieux port, et cette étrange trace brune sur le glacis poisseux, vite imperceptible après quelques passages de l’arroseuse municipale.

Dans l’édition dominicale du Littoral Intransigeant, quotidien tirant à sept mille exemplaires, un simple entrefilet page 3 :  » Le corps sans vie de notre concitoyen Regulus Pistil, une figure familière chez les boulistes de l’Olympique Unifié de Longue Iroisienne et de Pétanque Océanienne, a été tiré du fond de la rade par le chalut de Simon Pédoncule, capitaine de La Spirituelle. La gendarmerie de Saint Ignace, en charge de cette affaire, tirera-t-elle au clair les raisons de ce décès, peut-être conséquence d’une consommation excessive de ce pastis dont notre malheureux ami tirait régulièrement une satisfaction notoire ? »

Un cheval maigre et mélancolique tire la calèche noire devant une petite troupe de femmes à l’œil humide et d’hommes au gosier sec. Côte à côte, la jambe raide et la mine abattue, Maître Fleurette, maire estimable de Saint Ignace et Socrate Pollen, directeur du Littoral Intransigeant, tirent de longues bouffées de leurs pipes d’écume, absorbés dans un conciliabule à voix basse. « Impeccable, ton article, mon bon Socrate. Tu me tires d’un sacré guêpier. – Oh, pas de problème, cher Maître. Pas de problème… du moins pour moi. Mais toi ? Tu vas t’en tirer si facilement ? – Chhht ! Pas si fort, mon vieux. Gaffe à toutes les oreilles en chou-fleurs dans ce cortège. Nom de Dieu j’en tirerais volontiers quelques douzaines. – T’en tires une tête, l’ami. Cool, gars. De toute façon, impossible de tirer quoi que ce soit de l’autopsie, voyons. – Et pourquoi donc ? – Allons, le légiste a été… tiré au sort : Pompée bien sûr ! -Pompée ? Vraiment ? Comment diable ? – Enfin mais, grand couillon, qui donc tire les ficelles dans ce canton ? – Ah bien sûr. Oh tous ces braves gens. » L’émotion devant cette belle solidarité tire une lourde larme à l’œil de Maître Fleurette.

Chacun, témoin de cet épanchement lacrymal, tire des conclusions émues sur l’affection sans borne de Monsieur le Maire pour un collaborateur de condition pourtant si inférieure à la sienne. L’office funèbre tire un peu en longueur. Dès que le prêtre, légèrement bègue, s’est enfin tiré de sa bénédiction, chacun sans plus de cérémonie tire en hâte vers la tiédeur de son logis.

C’est alors qu’à la plus grande épouvante de la population, de tous les clochers de la région, pendant de longues minutes, ou peut-être des heures, un tocsin endiablé, insupportable, porteur d’un mélange de douleur et de haine, est tiré par quelque main sardonique. De cet événement singulier, toujours vif des années plus tard dans la mémoire des Ignatiens, les conteurs de tout le pays tireront d’étranges légendes.

Voir la page de ce texte

Journal

19 septembre : Une belle personne nous a quittés.

Marceline Loridan-Ivens :
Vol, ne dis ni race ni larme.

15 septembre : Nouvelle parution de La Ronde, un échange entre blogs, chacun écrivant chez le suivant. Aujourd’hui le thème est « arbre ». J’accueille avec plaisir le souriant texte de Jean-Pierre Boureux :

Une espèce d’arbre fort bien introduite puis acclimatée.

Celui qui cache la forêt ne m’intéresse en rien puisqu’il masque une sylve apprivoisée et toujours exotique à mes yeux. Non plus celui des cames dont j’oublie l’existence et qui m’effraie dans l’expression de sa rudesse technologique.

Alors lequel retenir avant tout essartage ? Et bien une fois de plus je vais m’en tenir à ce que je connais le mieux, une branche de la culture étiquetée histoire et l’un de ses rameaux greffés nommé histoire de l’art.

Traditionnellement représenté écrasé par le poids de la généalogie biblique, en position couchée il gît endormi ici et là, très souvent, entre le XIe et le début du XVIe siècle. Rien qu’en France la banque de données « Palissy » compte 216 figurations de cette espèce végétale particulière. Sous forme de charade il se présenterait ainsi : mon premier est une lettre tout comme mon second alors que mon tout exprime une tentative. Vous y êtes : Jessé.

ronde-sept-2018_VerriereJesseW.jpg

A Beauvais dans l’église Saint-Etienne, Enguerrand le Prince, maître-verrier de la cité, place à sa droite François Ier et à sa gauche Charles-Quint, rare et prestigieux accompagnement tandis qu’au sommet triomphe Marie, dans une verrière datée de 1520. Bien entendu une branche branche sur son fils David chanteur et enchanteur divin plus que guerrier épouvantable ; Orphée surpasse alors Goliath dans la correspondance iconographique. Souhaitez-vous voir des représentations contemporaines ? Le choix existe, je pense à l’instant à Braque pour Varengeville et à Chagall pour Reims mais cet arbre est encore une inspiration fréquemment plantée en divers lieux. Espèce relaxante elle s’intègre bien dans la quête très mode de bien-être par la dendrothérapie. La pratique sans danger va de plus rassurer votre descendance. Chute de l’histoire : il ne saurait y en avoir puisque vous savez d’avance à quelle branche vous raccrocher.

ronde-sept-2018_JesseDavidW.jpg

Beauvais, église Saint-Etienne, verrière de l’Arbre de Jessé par Enguerrand Le Prince, 1520.

Voir la page de ce texte. Pour ma part j’ai la joie d’être accueilli sur le beau site d’hélène Verdier pour « l’enracinement »

10 septembre : « Des papous dans la tête » a disparu de France culture. Sur le livre d’or plein de regrets j’ai écrit une anagramme :

Tel peste, posas Dada nu.

 Suivez ce lien pour retrouver les dates plus anciennes dans la page «journal».


L’ambigramme du mot Oulipo est l’œuvre de Basile Morin. Je recommande la visite de son beau site.