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Dernier haïku dans Hydrea:

les flammes serpentent
la belle dame chancelle
sous le ciel obscur

 

18 octobre : En réaction à une tribune signée par 40 personnalités de la culture pour la défense de la corrida.

par habitude par tradition

par habitude par tradition
magnifique en l’habit de lumière
dansant avec grâce et distinction
il plonge une lame meurtrière
par habitude par tradition

long murmure commune passion
les poitrines autour de l’arène
s’animent d’une seule pulsion
autour de la mort souveraine
par habitude par tradition

soleil couleurs flamme élévation
la musique triomphe charnelle
soudain monte une rauque ovation
quand le mâle foudroyé chancelle
par habitude par tradition

on a mandé l’évacuation
de la charogne que mouches tètent
déjà se gonfle une acclamation
ils font entrer une autre bête
par habitude par tradition

l’enfant qu’on rhabille avec affection
ne parle pas tourne dans sa tête
d’écorchés l’atroce procession
puis dans un rire il rejoint la fête
par habitude par tradition

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15 octobre : Nouvel opus de « La Ronde », échange littéraire entre blogs. J’accueille Franck pour :

Épreuve : Case 4, page 16. Écrire et non pas décrire l’image.
Vous avez deux heures.

L’image occupe la moitié centrale de la page qui, généralement est occupée par deux lignes de trois à quatre cases. L’album, daté de 1948 l’année même de sa création, est un collector acheté chez un bouquiniste sur les quais de Seine, à deux pas du Boulevard Saint Michel, un jour de grand froid ensoleillé. Nous regardons une scène de théâtre ou de music-hall où se déroule un évènement inattendu au sein d’un numéro de prestidigitation. Jamais je n’ai assisté, ailleurs que lors d’émissions de télévision, à un numéro de prestidigitateur en vrai, avec des envolées de colombes blanches parties d’un nuage de fumée, des cordes interminables déroulées par un bras, des corps sectionnés, séparés puis réunis pour le plus grand soulagement du public ébahi. Bien que rien dans l’image ne le laisse supposer, il s’agit de la scène du Music-Hall-Palace, célèbre mais qui pourtant n’a jamais existé. Nous y avons souvent vu les numéros dont celui de Madame Yamilah, la voyante sous hypnose qui s’évanouit en devinant le futur du mari d’une femme de l’assistance, un cinéaste sous la malédiction d‘un soi-disant dieu solaire. Notre regard part de la droite de la salle de spectacle, en contre-plongée vers la scène, ce qui nous positionne au niveau d’une loge ou d’un premier étage au-dessus du parterre et de la fosse d’orchestre qui se situe, comme attendu, immédiatement sous la scène. L’ambiance est à l’excitation quand le public prend place, vient au spectacle après s’être préparé, les ouvreuses comme guide, ah pardon je crois que c’est ma place, excusez-moi et toute la rangée de se lever pour laisser passer à frottements serrés les retardataires. Les lumières qui clignotent et qui baissent en intensité progressivement, la sonnerie qui retentit, puis le silence qui précède le début du spectacle ou du concert, le meilleur moment de la soirée, l’attente interrogative mais sereine. Au premier plan, devant notre regard, se dressent des spectateurs et des spectatrices, tous attentivement absorbés par ce qui semble être une péripétie chaotique et inattendue sur la scène. Sortie du prétendu chapeau magique, une énorme tête de taureau ou de vache avec une cape rouge accrochée à la corne droite est soutenue par une paire de jambes qui marche à grands pas vers le milieu de la scène. Le prestidigitateur surpris, les manches relevées, crâne chauve avec une couronne de cheveux noirs qui part au-dessus des oreilles, regarde le minotaure improbable qui se dirige vers lui en bousculant une chaise et le chapeau haut-de-forme en l’air, juste au moment où il bascule de l’équilibre entre élévation et chute. Cinq traits auréolaires expriment la surprise du prestidigitateur qui n’avait pas prévu cette apparition. Ces mêmes traits, dans une autre circonstance, auraient pu aussi bien représenter, exprimer sans mots, la colère. Encadrant le profil ovin, un tableau est accroché à la partie gauche du minotaure, sans, semble-t-il, être fixé à, ce qui aurait pu être plausible, la corne gauche. Une grosse cloche pend sous la tête de taureau, qui emplie la salle de trois puissantes évocations de son en caractères gras distribuées dans trois directions, une vers la partie supérieure droite de la tête bovine et deux plus rapprochées vers la partie gauche : DONG, DONG, DONG. Cinq étoiles, de couleur jaune, rouge, violet, carmin et bleue sont distribuées entre les dongs en auréole, soulignées par un trait zigzaguant autour de la tête du minotaure. Un feu d’artifice en quelque sorte, dont le diable jaillissant serait le bouquet. Sont-elles l’expression de surprise, de stupeur ou bien de douleur créée par le poids du gigantesque masque ? Derrière le prestidigitateur, au milieu de la scène, trône une table recouverte d’une nappe vert clair, du même vert que la chaise en train de tomber, bousculée lors de l’intrusion par le minotaure. Sur la table, un cylindre rayé jaune et noir est posé. À la poursuite du trublion, venant des coulisses, un homme en smoking lève le bras gauche et court après lui. Il est suivi par une tête casquée évoquant un pompier en habit d’apparat du début du vingtième siècle. Le corps probable sous la tête du pompier est caché par le grand rideau rouge tiré et retenu par une corde jaune, du même jaune que le bord inférieur du rideau de scène. Ce rideau lourd en velours rouge qui cache la scène et son décor au public avant la représentation et qui, par magie, s’écarte sans bruit quand la lumière faiblit et que le silence devient la rançon de l’attente. Le fond de scène est envahi par l’image d’une immense chauve-souris jaune sur fond bleu clair dominée par un point d’interrogation. La chauve-souris, aux yeux en amande et aux cornes diaboliques, semble fixée sur une étoile en sextant formée de deux triangles jaune inversés. La scène est dominée par cette figure étrange qui fait littéralement planer un inquiétant mystère. Le plancher de la scène est d’un grège homogène où ne se projette aucune ombre. La scène est encadrée, outre le rideau rouge écarté, par une ouverture crénelée jaune bordée de kaki. A droite de la scène, une haute loge ventrue aux décors précieux est encadrée par deux statues, torses nus, bras croisés et dont les regards convergent. Elle est ornée d’un rideau rouge plus sombre pour évoquer la salle plongée dans la pénombre pendant le spectacle. C’est la seule loge vide de tout spectateur. Comme souvent ces loges d’honneur sont vides, en attente d’une célébrité ou d’un personnage important qui ne viendra pas. Le regard y revient souvent, sait-on jamais, si une apparition discrète survenait. Au-dessus de la grande loge vide, au troisième niveau, quatre personnages se penchent vers le bas et la scène, une femme en tailleur bleu clair avec chapeau assorti et un homme à lunettes, moustache et crâne chauve, un tronc et un buste. La vue de la scène, de ces hauteurs, est un halo de lumières dans la semi obscurité. L’impression de domination compense la frustration de ne pas pouvoir se payer un billet plus cher pour s’approcher de la scène. On en profite pour apprécier le jeu complexe des projecteurs sur leurs rails suspendus, comme nous, au-dessus de la salle, près des angelots grassouillets et rubiconds. En-dessous de la grande loge vide, une petite loge contient un couple en habits de sortie, qui exprime une surprise en projetant le torse vers l’arrière, la main gauche de la femme posée devant sa bouche. Trois loges sont étagées en deuxième position de la grande loge vide et de la plus petite occupée par le couple surpris, sur la gauche de l’image. A la loge supérieure, deux hommes et trois femmes sont représentées. Un homme moustachu en complet gris et une femme en robe vert clair se tiennent debout derrière deux femmes et un homme, assis derrière la balustrade, accoudés et penchés en avant, le regard vers la scène. La femme accoudée le plus à droite de la loge étend le bras gauche et tourne le visage vers les autres pour les prendre à témoin. Elle porte un chapeau rouge noué sur le sommet du crâne. Dans la loge juste en dessous, sept personnages ont le même genre d’attitude de surprise évoquée par leur position. Deux hommes et une femme se tiennent debout en fond de loge, dont un homme en complet rouge sombre se penche au-dessus des personnages assis devant la balustrade. Trois hommes et une femme sont assis au premier rang de la loge. Un jeune homme se retourne vers les personnages assis et tend le bras droit vers la scène en lui tournant le dos, pour les prendre eux aussi à témoins. Une femme au chapeau noir se tient à demi levée à l’extrémité de la loge et porte une paire de mini jumelles aux yeux en regardant vers la scène, comme si le fait de se lever allait améliorer la performance de sa vision amplifiée. La cible, à travers les jumelles, est difficile à cerner au début, notamment du fait de la lumière aveuglante venant de la scène mais aussi du fait de l’accomodation nécessaire pour faire le point sur les parties de sujets amplifiés par les lentilles, en particulier sur une cible mouvante comme un minotaure en furie. Dans la loge inférieure, six personnages sont assis et regardent tous vers la scène. Ils sont attentifs mais calmes, à distance du chaos ; un homme, une femme et deux enfants, une jeune fille avec un noeud dans les cheveux et la tête d’un jeune garçon. Assis derrière ce qui évoque une famille venue au spectacle, un couple plus âgé qui pourrait représenter les grands parents ou n’importe quel couple étranger. Quatre rangées de spectateurs du parterre sont partiellement représentées. Dans la première rangée, juste devant la fosse d’orchestre sont représentés quatorze personnages dont deux hommes se sont levés. Dans la deuxième rangée, des quinze personnages, dix femmes, quatre homme et un enfant à priori de sexe masculin, un homme et une femme se tiennent debout. Dans la troisième rangée tronquée, huit spectateurs dont deux en position debout, un homme et une femme, font face à la scène. De la quatrième rangée du parterre ne sont visibles que trois personnages, une femme assise, un homme debout et le chapeau d’une spectatrice assise. Sous la scène, la fosse d’orchestre est représentée en partie dans une courbe qui entoure le plancher devant elle. À l’extrême droite de la partie de la fosse, qui serait en fait le centre même de celle-ci si elle avait été représentée dans son ensemble, et non pas dans la perspective de notre regard, se tient debout le chef d’orchestre. La baguette est suspendue dans sa main droite, bras semi fléchi. Il a lui aussi le dessus du crâne chauve cerclé par une bande de cheveux noirs. Huit têtes de musiciens sont représentées ainsi que quatre archets en l’air, un pupitre ouvert et un violoncelle tenu par un homme en costume noir et chemise blanche, crâne chauve et couronne de cheveux noirs, le visage tourné vers la scène dont l’expression est masquée par le manche de l’instrument. Les personnages au premier plan, juste devant notre regard, sont donc tous debout. L’arrière d’une tête féminine à gauche, cheveux châtains mauve, mi longs, en tailleur vert et col de chemise relevé. A sa droite, un homme est appuyé sur la rambarde de la loge, la main gauche posée sur le rebord. Il porte un costume gris, a le front dégarni et les cheveux blonds coiffés en arrière. Il a le profil de Edgar P. Jacobs. Derrière lui, la tête et le col d’un homme portant lunette et moustache avec le crâne chauve et un collier de cheveux noirs autour. Sur la droite de la loge, trois femmes et trois hommes sont en enfilade et regardent tous vers la scène. Au-dessus d’eux, le bord inférieur de la loge supérieure d’où pointe le bras d’un homme en costume. Comme pour nous inciter à regarder dans cette direction…

Que nous est-il arrivé pour que la plus drolatique représentation de chaos sur une scène de music-hall passe de la perturbation un rien scandaleuse à l’évocation d’une tuerie de masse aveugle et révoltante ?

Voir la page de ce texte. On trouvera ma contribution sur le site « Promenades en ailleurs » de Marie-Christine Grimard qui accueille mon poème « revenir, étreindre, rêver ».

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Dernier texte dans le recueil Oripeaux ( 9 octobre ) :

Nouvelle participation à l’Oulipien de l’année sur le site Zazie mode d’emploi :

Valise de style

Dans l’S, à une heure d’affluence. Un type dans les vingt-six ans se penche. Il voudrait attraper sa valise. Chapeau mou avec cordon, que convoitait, c’est sûr, le ruban. Cou trop long comme si une horde d’escrocs lui avait tiré dessus. Il se penche et alors les gens descendent, à sa grande surprise. Le type en question s’irrite : il ne trouve aussi sec qu’un sac voisin de vieux fayots.

On vous fait reproche de bousculer une orde marchandise qui se plaît chaque fois à flouer quelqu’un. Ton pleurnichard de pauvres provinciaux. De la mort on vous greffe qui se veut méchant. Comme il voit une orde place libre, bâtardise : la mite se précipite dessus. A grignoté tissus os et rideaux !

Deux heures plus tard, devant la boue urbaine on retrousse sa cotte. Je rencontre le lâche cour de Rome. La gare Saint-Lazare peut arguer de sa mine pâlotte. Lorsqu’un camarade voit la gadoue, il lui dit : « cherche le purin : on regrette la fin. Tu devrais faire les agrestes bicoques. On mettait sans façon un bouton supplémentaire à ton pardessus. » Il lui montre ses plus infectes loques où l’écu de vair ou d’or à l’échancrure ne dure qu’un matin : « pourquoi ? »

Voir la page de ce texte

Dernier texte dans le recueil Systoles ( 16 octobre ) :

j’ai regardé l’eau

j’ai regardé l’eau
regardé le ciel et puis
regardé ta peau

j’ai baigné dans l’eau
volé dans le ciel et puis
coulé dans ta voix

l’eau s’est asséchée
la brume a gommé le ciel
nous avons vieilli

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Journal

 

26 septembre : Décès de l’ancien président Jacques Chirac. Une anagramme.

Jacques Chirac est mort.
M’acquit trocs, jachères.

22 septembre : Un nouvel article paraît aujourd’hui : on y trouvera les haïkus express fondus, mis au point le 18 septembre et qui sont régulièrement publiés sur Twitter à partir d’articles du journal Le Monde, selon un mélange des techniques des poèmes fondus et des poèmes express, dus respectivement à Michelle Grangaud et à Lucien Suel. Ci-dessous, le premier de ces haïkus :

Le mouvement bleu,
Ce n’est pas assez pour lui.
Rien. Une bascule.

18 septembre : L’IFOP ayant rendue publique la photo ci-dessous, une réaction en haïku

il prend mon cerveau
tranche déconnecte arase
et me voilà beau

 Suivez ce lien pour retrouver les dates plus anciennes dans la page «journal».


L’ambigramme du mot Oulipo est l’œuvre de Basile Morin. Je recommande la visite de son beau site.