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Dernier haïku dans Hydrea:
je n’ai pas dormi
dans la rue aux senteurs tièdes
j’ai mangé la lune

Feuilleton : La concordance des temps

Commencé le 12 octobre 2016, ce nouveau recueil s’est construit au rythme d’un poème tous les deux jours et s’est achevé le 19 novembre. Chacun de ses textes, de forme bigollo, est écrit à l’un des temps de la conjugaison. Dernières pages du feuilleton :

Pause

Une fin
Raisonnable, en somme,
De la Concordance des temps,
A eu été fournie à la page précédente.
Mais lorsque vous aurez eu lu l’épilogue, quelle préférence pour la fin ?

Epilogue

Ce soir-là
Vers le crépuscule
Cette rencontre imprévue
D’une femme radieuse et Faouz amoureux fou.
Quelques mots risqués, deux mains un instant complices, et comme une reconnaissance,
Tandis qu’au fond du terrifiant corridor un peu de couleur reparaîtrut au visage d’une sœur et sa bouche, doucement,
Cette bouche aux lèvres marcescentes aux dents absentes, devant le frisson mystérieux des minuscules prémisses d’un printemps, cette bouche soudain gracieuse reconstruirit l’éclat d’un sourire apaisé.

Par la brèche,
Vers le crépuscule,
Un déferlement silencieux
D’êtres maigres et grisâtres au regard bas et
De son revolver le prince au long manteau ferit feu sur l’épouse et sur l’amant,
Dont la chute gémelle interminablement inscririt dans l’espace vertical la trace rouge en accordance de leurs lèvres.

Sans un mot,
Vers le crépuscule,
Le retour du beau meurtrier
En fuite vers son vrai royaume de glace vive,
Et les révérences sinistres de ses sujets vêtus de halos de lumière.

Heure ultime,
Vers le crépuscule,
Où le soleil en plein délire
Envahirit tout le ciel d’éruptions flamboyantes,
Un nuage de cendre couvririt les arbres, les champs, les bêtes et les hommes ;

Tellurique,
Vers le crépuscule,
Une secousse détruirit

Sur la terre,
Vers le crépuscule,

Toute vie.

Retrouver le recueil « La concordance des temps » et l’épisode actuel

26 novembre : Mort du grand révolutionnaire cubain Fidel Castro. En son honneur un palindrome précédé de son exégèse :

Méprisé du ricain cet homme sut enfreindre
Son talion moderne à la senteur de fioul
Qu’un arbre sur sa tombe ouvre un horizon cool
Tel la clé qui jouant fait tourner le cylindre

Loi rusée, rite rétro, pale trace…
Fidel Castro mort, sa clé d’if
écarte la porte retirée sur Oil.

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20 novembre : Dans le cadre de La Ronde, un échange périodique de blog à blog, je suis heureux d’accueillir Franck Bladou  pour sa belle

Contemplation assis dans le thym

Il était cinq heures du soir. De passage, je n’avais qu’une heure à lui consacrer. Les lacets s’enchainaient dans une envolée tortueuse d’Est en Ouest. C’était un jeudi d’avril. Un grand ciel bleu auréolait encore les pins parasols rescapés qui gardaient au fond de leur écorce l’écho des vibrations élytréennes des cigales de l’été passé. Après la mer de vignes sages, en vagues orthodontées, préambule clapotant d’une houle plus forte, culminait le plateau du Cengle, occupant l’horizon. Je la sentais sans la voir encore et chaque virage en épingle à cheveux la rendait plus désirable, déroulait la longue tresse qui menait à elle. J’allais, comme lui jadis, au motif. Seul, impatient, converti. J’allais la voir chatoyer sous la lumière progressivement déclinante, traquer l’imperceptible respiration de chacune de ses anfractuosités. Elle était là, bien sûr, mais chaque visite semblait la première, jamais la surprise ne s’était émoussée quand, aux détours d’un virage, elle apparaissait, massive, si proche mais inaccessible. Cette fin d’après-midi là, après une courte marche sur ses flancs instables, je me suis posté face à elle, seul, rocher parmi ses éboulis. Au pied du tsunami figé, j’ai savouré la menace éternelle d’un ensevelissement imminent. Une heure de dialogue discret, sans personne, à scruter les variations de son derme en reflet de celles du ciel. J’ai vu son profil de Moby Dick, le manteau de chromatophores qui recouvre son dos changer de couleurs et de texture comme un poulpe contrarié. Dans le silence strié de douces rafales de vent, j’ai écouté sa sagesse triasique, j’ai senti les reptiles sauriens endormis se tourner lentement dans leurs draps de calcaire, j’ai cherché du regard celui du peintre qui ne l’approchait jamais de si près. Un changement de couleur, peut être un signal, un frisson le long de son échine m’ont fait me lever et reprendre ma route. Il était alors six heures du soir.

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Je suis quant à moi très honoré d’être accueilli chez Elise Lamiscarre pour le poème suivant. Un contretemps a fait paraître ce poème précisément lors de la journée des droits de l’enfant : c’est fortuit, mais heureux.

l’oiseau

il était cinq heures du soir
dans la cour danse la fillette
sur son aile brodée en noir
au ciel vire l’étrange mouette

dans la rue danse la fillette
à cloche pied dans le soleil
au ciel vire l’étrange mouette
et passe un nuage vermeil

à cloche pied dans le soleil
elle aime les regards tranquilles
et passe un nuage vermeil
nimbé de rayons immobiles

elle aime les regards tranquilles
des hommes qui vont affairés
nimbé de rayons immobiles
l’oiseau tourne en cercles serrés

des hommes qui vont affairés
la fillette heureuse qui chante
l’oiseau tourne en cercles serrés
il siffle d’une voix méchante

la fillette heureuse qui chante
respirant les parfums d’été
il siffle d’une voix méchante
laissant le ciel épouvanté

respirant les parfums d’été
tout à coup s’interrompt son rêve
laissant le ciel épouvanté
l’oiseau jette une trille brève

tout à coup s’interrompt son rêve
l’enfant lève un œil interdit
l’oiseau jette une trille brève
quelque chose tombe et grandit

l’enfant lève un œil interdit
sa lèvre a cessé sa comptine
quelque chose tombe et grandit
tout d’un blanc cinglant s’illumine

sa lèvre a cessé sa comptine
la feuille tourne et vole au vent
tout d’un blanc cinglant s’illumine
fulgurance d’un feu mouvant

la feuille tourne et vole au vent
dans la cour où tout est silence
fulgurance d’un feu mouvant
l’oiseau vers l’horizon s’élance

dans la cour où tout est silence
un petit tas de charbon noir
l’oiseau vers l’horizon s’élance
il était cinq heures du soir

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Dernier texte dans le recueil Oripeaux (24 novembre) :

Un exercice d’homophonie syllabique triple :

Une journée particulière

Tototo
Jejeje
Ririri
Skeskeske
Peupeupeu
Crincrincrin
Ouijouijouij
Ememem
Ivrivrivr
Ebébéb
Rutrutrut
Elelel
Omomom
Assassass
Infinfinf
Lamlamlam

En d’autres termes :

« Tôt t’ôte auge : Jeu ?
( Je ris : riz risque c’que c’queux peut. Peuh ! Peu crains )
– Crincrin ouis-je ?
– oui. Jouis : j’aime. »
Et même ivre Yves rit, vrai bébé brut.
Rut rue tel aile…
Et l’homme, au môme, as assassin, feint fin.
Flamme lame l’âme.

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Journal

9 novembre : Réveil douloureux après les élections aux Etats Unis.

Aujourd’hui, jour d’hiver précoce
Fondent Trump sur l’Amérique
Et le monde en sanglots

7 novembre : à 16h34 les femmes sont appelées à un arrêt de travail pour dénoncer l’inégalité des salaires.

La rivière

au mur ma romance morne
ai mise en vers avec ma craie acérée
morose avenir où oser vivre se verra nommer crime
en mon sexe incarcérée ô recouvrer un nom un rêve un souvenir où ma racine sucera une sève nourricière

mon errance en mer mauvaise
ai mise en vers avec ma craie acérée
mais nous renverserons ce mur mais nous ouvrirons ce carcan

une rivière insoumise
ai mise en vers avec ma craie acérée

son eau creuse un cours nouveau

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21 octobre : La liste Oulipo,  fête ses 20 ans !  Voici un texte composé à cette occasion.

Sévis, vent, par chemins mû : ai, pardi, vingt ans !

Et tous assis en cercle à mâchonner des naans,
De cothurnes chaussés et coiffés de turbans,
Fumant la pipe au ruban d’or des Mohicans,
Emplirent leurs hanaps de cépages cerdans.
Puis à l’invitation du maître de céans,
Leurs bras tourbillonnant en guise de propfans,
Bondirent en tous sens en hurlant des slogans.
Un inculte eût pu croire entendre des hihans
Ou le cri des troupeaux que mènent les gardians.
Oh belle fête où slivovitz et pois cajans
Se mêlaient au fumet d’un agneau des Balkans !
C’est alors que, repus d’oummous et d’ortolans,
Ils laissèrent fuser de longs chants de chamans.
Des vers inconsolés de Birons, Lusignans.
On entendit fuser contrepets et koans,
Pangrammes en folie heurtèrent les tympans.
La chimère effrayait les enfants de cinq ans
Qui vinrent s’abriter au bras des vétérans.
Ils déroulèrent de leurs doigts vifs d’artisans
Ces vivants parchemins mués par divins tans :
Là des pantouns malais, des vers tuvaluans,
Tels des chevaux marins échappés de leurs vans,
Se mêlaient aux sonnets, morales et diwans,
Aux cadavres exquis, S7, cut-up texans.
Alors s’ouvrit le ciel sur un monde aux beaux cyans
Où d’un galop fondit leur grand vol d’alezans.

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12 octobre : Lancement d’un poème-feuilleton « La concordance des temps »

11 octobre : Campagne haineuse d’affiches anti-migrants à Béziers, où l’on peut lire « Ca y est ils arrivent… Les migrants dans notre centre-ville !» Ma dernière contribution à « L’oulipienne de l’année » est en réaction :

La belle rencontre

Traverser la terre, ils y arrivent !
Celui qui pense dans notre centre-ville
Possède la rive
Et les migrants, c’est le fleuve.

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4 octobre : Le site Zazipo lance sa nouvelle édition de l’oulipien de l’année. Il s’agit cette année de Michelle Grangaud, dont le haïku « Traverse la terre » sert de support aux contributions déjà nombreuses lui faisant subir toutes sortes de transformations. Voici ma première contribution :

et criai
vœu reste fluant
l’être réel crée l’outil
qu’unit plein osier
péon sasse
adieu lear roi ivre
vents – lied fol de vuivre

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2 octobre : Mort du peintre indien Jagdish Rastogi. Lui est dédié ce poème en bel absent :

O ghat jadis gris

Passe lente fumée qui vogue du bûcher.
Songe, emplis juste esprit qu’un feu blond vient lécher.
Homme au beau front de qui jaillit ce vent puissant
Qui fit voler chacun, jambe et corps agissant,
O cher, qu’un grand bond fol t’emporte au vert séjour :
Bonheur, vainqueur du mal, perce le fragrant jour.
Peignant d’un grand flambeau, va jusqu’au ciel croissant.

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15 septembre : Le poème suivant est dédié à Aslı Erdoğan, femme de lettres emprisonnée dans les geôles turques.

signal a rôdé

Vers sauvages.
Œuvre où grave rage.
O Sœur à verve ravageuse !
Au rivage s’agrège vase où ruse s’égare :
Ose voguer, rouge gourse, sur vague susurreuse où vue ouvre vers aurore.

Aga voue
Œuvre où grave rage
A ses rouages égorgeurs.
Réseau gore agresse gueuse, rosse, serre gorge.

Sous servage,
Œuvre où grave rage
Verse sève à grosses gorgées.

Sage orage,
Son lied noir de rage

Sauve rêve.

Ouvrir la page du poème sur le site « simultanées » d’Hélène Verdier, qui l’accueille dans le cadre de l’échange entre blogs « La Ronde »

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